Pour mon dernier "topic", j'ai décidé d'utiliser ma langue maternelle, car je ne me sens pas capable d'exprimer mes pensées en anglais comme je le souhaiterais. Je proposerai ensuite une traduction approximative de mon texte(traduction below)...
Cela fait longtemps que j'ai envie de partager ma passion pour l'Art de la Fugue, mais n'étant ni musicologue, ni musicien professionnel, ni poète, je me sens à chaque fois saisi d'impuissance et j'abandonne ce projet après avoir écrit quelques lignes qui me semblent d'une platitude affligeante. Mais je ne voudrais pas tirer ma révérence sans avoir apporté mon modeste hommage à Celui vers qui vont mes prières( je veux dire Bach bien sûr, pas Dieu, celui-là ne fait pas partie de mes fréquentations...),quitte à accumuler des banalités. Après tout, peut-être que personne ne me lira, et je suis certain que Bach me pardonnera mes maladresses et mes erreurs d'interprétation, qui ne sont que l'expression d'une fervente admiration.
Voici donc quelques réflexions sur et autour de l'Art de la Fugue, telles qu'elles me sont venues à l'esprit, accompagnées de citations qui seront sans doute les seules choses à sauver de tout ce fatras.
Curieusement, ma 1ère rencontre avec l'Art de la Fugue fut décevante. C'est une oeuvre exigeante qui demande une certaine qualité d'écoute. Mon esprit n'était pas encore prêt à recevoir cette précieuse offrande. La révélation vint plus tard, après plusieurs auditions.
Ce qui est peut-être le plus étonnant dans l'Art de la Fugue, c'est que cette oeuvre d'une complexité incroyable puisse être aussi émouvante. C'est une musique qui comble à la fois l'esprit, le coeur et l'âme. Associer une construction intellectuelle aussi savante à une pulsation émotionnelle aussi forte, me semble un cas unique dans l'histoire de la musique.
Je me souviens d'un concert mémorable du grand pianiste Andrei Vieru, auquel j'ai assisté il y a longtemps de cela. Au programme, l'intégralité de l'Art de la Fugue , sans pause. Un programme sans concessions, ni pour l'interprète, ni pour l'auditeur. J'en suis sorti presque en titubant, ne sachant plus où j'en étais, avec l'impression d'avoir vécu une expérience unique.Malgré les années, je garde en moi un souvenir très vif de cette sensation d'épuisement et d'ivresse, non pas physique, mais spirituelle. Difficile de revenir à la réalité quotidienne quand on vient d'entendre une telle oeuvre.
La dernière fugue reste, au moins pour moi, un des mystères les plus fascinants de l'histoire de la musique. Après avoir énoncé et développé le thème B-A-C-H( Sib/La/Do/Si bécarre dans le système de notation allemand)la fugue s'arrête brusquement. « Sur cette fugue où le nom de BACH est utilisé en contre-sujet, est mort l'auteur » a écrit son fils Carl Philipp Emanuel.Pourtant, il semble établi que l'Art de la Fugue n'est pas la dernière oeuvre composée par Bach( il en aurait même commencé l'écriture 10 ans avant sa mort), ce qui relance le mystère de son inachèvement.
:Dans cette fugue inachevée, il y a 238 mesures et une incomplète. Si l'on fait l'addition: 2 + 3 + 8 + 1(chiffres qui correspondent à son nom 2B, 3C, 8H et enfin 1A.) , on obtient 14 qui est l'une des signatures numériques de Bach .
Cette signature est, parait-il (je n'ai pas vérifié), répétée 14 fois. On peut poursuivre ce petit jeu, en ajoutant aux lettres de son nom les initiales de son prénom J+S+B+A+C+H et on obtient 41, inverse de 14, ou en additionnant toutes les lettres de son prénom(Jean-Sébastien = 144) et de son nom, et on arrive alors à 158(or 1 + 5+8=14!). Bach n'a pas pu ne pas être frappé par ces étonnantes correspondances,cette surprésence du chiffre 14. Mais Jusqu'à quel point s'en est-il servi?
Cet aspect esotérique de la musique de Bach, basée sur l'importance du nombre et ses significations symboliques, est une réalité avérée, dont on peut trouver de nombreux exemples dans ses oeuvres. Il est certain aussi que Bach a fait partie d'une Société pour la Science Musicale ( qui étudiait les rapports entre musique et mathematiques) en 1747. Il aurait d'ailleurs attendu 9 ans afin d'en être... le 14ème membre!.
Que déduire de tout cela? Bach aurait-il volontairement laissé son oeuvre inachevée, comme un défi laissé aux générations futures, une sorte d'énigme musicale?
En fait, il est probable que la dernière fugue était achevée à la mort de Bach et que les pages manuscrites correspondantes ont été d’une manière beaucoup plus triviale, égarées, . Mais après tout, comment savoir avec ce diable d'homme!
Faut-il regretter que cette oeuvre ne nous soit pas parvenue terminée, tant cet inachèvement l'investit d'une formidable puissance symbolique? L'oeuvre s'installe ainsi dans une dimension atemporelle,elle suggère par son inachèvement un développement virtuellement infini, tout en étant, à la manière des vanités, un rappel de la fragilité de toutes choses.Victoire du génie, de l'Art sur le Temps? Victoire du Temps sur l'homme? Troublante et fascinante ambivalence...
Une autre Victoire, la "Victoire de Samothrace". Mutilée par les ravages du temps, privée de sa tête et de ses bras,elle nous apparait plus admirable sans doute, corps projeté en avant, pur mouvement souligné par le drapé qui se plaque sur ce corps, ou ruisselle en plis tumultueux...
L'Art de la Fugue est une musique qui fait entendre le silence, et nous rappelle que toute musique est faite de silence autant que de son.
A chaque fois que j'entends résonner le silence qui suit les dernières notes écrites par Bach, j'en ai le souffle coupé, je reste comme pétrifié pendant quelques instants.Ce silence est pour moi aussi puissant que le début de la cinquième symphonie de Beethoven( « Le destin qui frappe à la porte.;;»). Quelle que soit l'instrumentation choisie, la plupart des interprètes s'arrêtent brusquement, sans ralentir. Même Glenn Gould ne déroge pas à cette règle,dans l'interprétation saisissante qu'il en donne :la tension y est palpable de bout en bout, culminant dans cette interruption d'une soudaineté suffocante, soulignée dans la version video par la théatralité du geste. C'est comme un arrêt du destin.
La vision qu'en donne Andrei Vieru est très différente, mais tout aussi captivante. Ici, pas d'interruption brusque, les dernières mesures se diluent dans des sonorités liquides et des pianissimi subtils qui rejoignent progressivement le silence: il en résulte une sensation d'étirement du temps, l'impression que la musique ne s'arrête pas vraiment mais se prolonge dans un au-delà du silence, au-delà de ce que nos sens peuvent percevoir( du moins c'est ce que je ressens à l'écoute). Une image de l'infini. Fascinant.
Un texte magnifique d'Yves Cantagrel qui apporte un éclairage nouveau sur le musicien:
"Je pense que le plus fascinant et le plus bouleversant dans la personnalité de Bach, c'est ce destin de petit gamin prodigieusement doué à qui arrive un drame atroce, puisqu'à l'âge de neuf ans, il voit mourir successivement, sous ses yeux, sous le toit familial, sa mère puis son père. Le petit orphelin va être recueilli par un frère aîné, puis envoyé dans un collège à Lunebourg, en Allemagne du Nord, et il va falloir qu'il se fasse tout seul, lui-même. Ce coup du destin est un drame dont toute sa musique porte trace. Chaque fois que Bach évoque le « Notre père, dans le Royaume céleste », il ne peut s'empêcher de penser à son propre père, puisque cette mélodie de Luther, si calme, si diatonique et si paisible, il l'harmonise toujours d'une façon chromatique extrêmement torturée. Ça ne peut pas être un hasard. Cette trace le marque jusqu'à la fin de ses jours, mais en même temps, cette obligation de se former tout seul, de se forger sa propre destinée, a sans doute été un ressort très puissant. De même que quand on écoute bien son œuvre, quand on regarde de très près les textes dont aucun n'est innocent, on s'aperçoit que cet homme a très certainement vécu une angoisse existentielle extrêmement profonde.
Je ne parle même pas de sa constante fréquentation de la mort : après ses deux parents, ce seront 10 de ses 20 enfants et sa première femme qui mourront ! C'est là-dessus qu'il va fonder sa propre musique. Je dirais même que la régularité immuable, impassible et si forte de la pulsation métrique de sa musique, ces puissantes assises qui balisent le temps qui s'écoule, qui construisent tout l'édifice sonore qui se forme d'une espèce de contrepoint aux réseaux indémaillables et sans fissures, tout cela est une construction de l'esprit musical, comme s'il voulait rebâtir le monde qui s'était écroulé sous ses yeux. « C'est une puissante citadelle que notre Dieu », dit Luther dans l'Hymne de la Réforme, et Bach rebâtit ainsi pour son propre usage cette citadelle détruite. Ce faisant, il met en œuvre une dynamique du rassérènement qui, grâce à son immense génie, fonctionne encore 300 ans plus tard."
Du drame, il y en a chez Bach, dans sa vie comme dans sa musique.
Bach, un anxieux profond, hanté par le doute...Pourquoi pas?Qu'un génie d'une si haute intelligence n'ait jamais été effleuré par le doute serait bien étonnant...
Bach-Bacchus..Ivresse du mouvement, ivresse de la danse, sensualité...Quoi de plus roboratif que certains mouvements des concertos Brandebourgeois, des concertos pour clavier ou violon,ou certains airs de cantates.
C'est de l'esprit qui danse.
La musique de bach me fait parfois penser à ces natures mortes flamandes dont la richesse symbolique et la composition savante n'excluent pas le plaisir des sens(fruits pulpeux et qu'on imagine gorgés de jus promesse d'exquises saveurs, fines gouttelettes de rosée,insaisissable transparence d'un verre enchâssant dans sa corolle une precieuse liqueur rouge ou ambrée...) Une musique qui tourne sur elle-même, comme la spirale formée par la pelure d'un citron qu'une main experte a découpée en un fin ruban jaune et blanc. La spirale, symbole du mouvement perpétuel, de l'expansion infinie. Comme le proclament les fugues en miroir, les canons rétrogrades, les Variations Goldberg,et bien d'autres de ses oeuvres(je pense par exemple au dernier mouvement du 3ème concerto Brandebourgeois qui pourrait se prolonger indéfiniment ou à la 9ème invention à 3 voix en fa mineur, presque hypnotique...) , la fin
est le commencement. L'hypothèse de l'inachèvement volontaire semble en contradiction avec cette volonté, cette recherche d'absolue perfection qui porte cette musique et dont l'art de la fugue se veut l'accomplissement suprême. Mais il est vrai que la personnalité de Bach était elle-même très contradictoire, ambivalente...
« Si seulement Dieu avait fait notre monde aussi parfait que Bach a fait le sien divin !"(Emile Cioran)
J. C. Bach raconte:
: « j’improvisais au clavecin de manière tout à fait
mécanique et je m’arrêtai sur une quarte-et-sixte. Mon
père était au lit et je croyais qu’il dormait, mais il sauta
de son lit, me donna une gifle et je résolus ma quarte-et -sixte"
Dans la famille Bach, on plaisante en musique, mais pas avec la musique!
Un musicien habité par une telle volonté de perfection, capable de s'irriter qu'un de ses fils ne termine pas un morceau de musique, aurait-il pu laisser volontairement inachevée l'une de ses oeuvres maîtresses?
Puisque nous sommes dans les anecdotes, en voici une autre, que je trouve particulièrement émouvante:
Confié à son frère ainé Johann Christoph à la mort de ses parents, le tout jeune Johann Sebastian alors âgé d'une dizaine d'année s'intéresse à une partition que son frère refuse de lui donner . Chaque nuit, il se relève et la copie pendant des mois à la lueur de la lune pour qu'on ne le découvre pas.Insatiable curiosité, boulimie de savoir, tout connaitre pour tout transcender , une passion dévorante, désobéissant, indépendant, têtu, tout Bach est déjà là !
J'aime ce gamin obstiné et indomptable usant déjà ses yeux à recopier toutes les musiques qui lui plaisaient( ce qu'il fit d'ailleurs toute sa vie comme le montre sa transcription- adaptation du Stabat Mater de Pergolese vers 1747), encore ignorant du destin exceptionnel qui l'attendait.J'aime ce jeune homme passionné parcourant à pied 450 kilomètres sur des routes incertaines pour écouter Buxtehude, le maître vénéré...
Il y a une sorte de folie chez Bach, une folie...bien tempérée.
La musique de Bach est par nature imprévisible( contrairement à celle de Vivaldi ou Scarlatti par exemple), c'est pourquoi toute tentative pour terminer la dernière fugue est d'avance vouée à l'échec( certains organistes comme Walcha ont proposé leur version terminée de cette fugue, mais le résultat ne me semble pas très convaincant).Quelle fin Bach avait-il prévu? Peut-être avait-il le projet de terminer en apothéose par une monumentale quadruple fugue, ou bien... le mystère est sans doute à jamais insoluble.
Dans sa vie comme dans son oeuvre, Bach affirme sans cesse sa liberté et nous encourage par là-même à ne pas nous enfermer dans des carcans interprétatifs, comme l'ont fait hélas certains baroqueux intransigeants. Il ne faut pas jouer Bach comme ceci ou comme cela mais avant tout avec son coeur et sa passion. C'est comme ça que je vois l'Art de la Fugue: une oeuvre passionnée.Certainement pas un pensum didactique.Bach n'est pas dogmatique.Il n'y a pas de dogmatisme dans sa musique, mais de la rhétorique.
Je rêve d'Edwin Fisher interprétant l'Art de la Fugue. Peu d'interprètes ont été selon moi aussi fidèle à l'esprit de la musique de Bach.
L'image d'un Bach serein, animé d'une foi indéfectible, imperturbable devant les coups du sort me parait une image d'Epinal, sans rapport avec la réalité.Bach était en conflit permanent avec ses supérieurs. Quelques exemples: à son retour de Lubëck, où il avait passé 4 mois au lieu des 4 semaines qu'on lui avait accordé pour aller entendre Buxtehude, son jeu à l'orgue est critiqué à cause de ses improvisations trop longues et de ses modulations bizarres. Qu'à cela ne tienne ! Il se met à jouer platement , exprès.On lui reproche également d'avoir fait entrer sa jeune femme Maria Barbara( qui avait une très belle voix) à l'église pour l'accompagner à l'orgue, ce qui était totalement contraire aux coutumes de l'époque. Bach féministe avant l'heure... A Weimar, il n'hésite pas à bafouer ouvertement l'autorité du Duc qui le met aux arrêts pendant 4 semaines. Bach en prison, qui l'eût cru ? Mais Bach n'a jamais été un laquais au service des puissants.. Il n'en faisait qu'à sa tête, Bach! L'offrande musicale, j'en ai parlé ailleurs est une réponse au roi de Prusse qui avait osé défier Bach en lui enjoignant d'improviser sur le champ une fugue à 6 voix sur un thème imposé. Peu de temps après,Bach s'empresse de lui envoyer cette oeuvre titanesque que le roi aux compétences musicales limitées ne pouvait ni comprendre ni jouer, accompagnée d'une lettre qui est un petit bijou d'ironie flatteuse( quel sens de la rhetorique!). "Cherchez et vous trouverez". ecrit-il en latin (quarendo invenietis)dans la partition. Bach n'a rien perdu de l'insolence de sa jeunesse.
Voilà l'homme.
Les témoignages de l'époque de Bach nous dépeignent un virtuose éblouissant dont les improvisations à l'orgue suscitaient étonnement et admiration.( "Ses pieds volaient par-dessus les pédales comme s'ils avaient eu des ailes, et des sons puissants grondaient comme le tonnerre à travers l'église"rapporte un contemporain ayant assisté à un de ses concerts. Un autre, l'entendant jouer , toujours à l'orgue, se serait exclamé:"C'est le diable ou Bach en personne!" ).Carl phillip emmanuel Bach souligne que son père jouait du violon jusqu'à un âge avancé avec un son pénétrant( comme j'aimerais que certains interprètes baroqueux aient un son plus ...pénétrant)
Alors, l'Art de la Fugue: une oeuvre froide, austère, essentiellement spéculative?Mais, c'est tout le contraire! Une musique gorgée de sève,d'une expressivité puissante et intense.
Pour moi, la dernière fugue n'a pas les couleurs automnales d'un adieu, elle n'est pas habitée par le pressentiment de la mort, elle avance avec une vitalité, une détermination impressionnante, un élan irrésistible.Une coulée de lave en fusion que rien ne semble devoir arrêter. C'est ainsi que la joue l'orchestre de Chambre de la Sarre dirigé par Karl Ristenpart, avec une authenticité non pas musicologique( certains trouveront cette version démodée) mais émotionnelle. Une version à la fois limpide( les échanges entre les cordes et les bois...) et vibrante d'émotion, qui ne craint ni les grandes envolées lyriques, ni le vibrato.On prétend souvent l'Art de la Fugue austère, voire rébarbatif, il fut même un temps où on le considérait comme injouable...).Et pourtant, toutes les émotions y affluent: emportement,drame, fougue, tristesse, recueillement, et aussi ,sans doute,de l'humour. Je sens qu'il y a de l'humour dans l'Art de la Fugue, même si ce n'est pas évident au premier abord. Peut-être dans les différents rappels de son nom qu'il égrène à plusieurs endroits ( pas seulement dans la dernière fugue), sorte de clin d'oeil aux connaisseurs( j'y vois une certaine malice, comme dans les films d'Hitchcock-qu'on me pardonne la comparaison-où le "maître du suspens" apparait furtivement, sachant bien que seuls ses aficionados le reconnaitront au détour d'une scène...).Ou dans ses fugues en miroir, contrepoint XII et XIII, qui dissimulent sous un légèreté dansante une étourdissante complexité d'écriture...
Je n'ai pu trouver sur youtube la version de Ristenpart, qui demeure ma préférée et qui m' a fait découvrir l'oeuvre, ni celle ,atypique de Vieru. Je propose donc une version orchestrale que je trouve très émouvante et passionnante par son parti-pris instrumental, celle de jordi Savall. Beauté sonore et expressivité ...
I propose an aproximative translation :
For a long time I want to share my passion for the Art of Fugue, but neither being a musicologist nor a professional musician or a poet, I feel every time before failure, and abandon this project after writing a few lines that seem of a distressing platitude. But I would not go away without having to bring my modest tribute to One who receives my prayers (I mean Bach of course, not God, that one is not part of my dating ...), leaves to accumulate banalities. After all, perhaps no one will read me, and I'm sure Bach forgive me my mistakes and my errors of interpretation, which are only an expression of fervent admiration.
Here are some thoughts on and around the Art of Fugue, as they came to my mind, along with quotes that will likely be the only things to save among all that muddle.
Curiously, my first encounter with the Art of Fugue was disappointing. It is a demanding work that requires a certain sound quality. My mind was not ready. The revelation came later, after several auditions.
What is perhaps most astonishing about The Art of Fugue is that this incredibly complex work could be so moving. It is music that fills both the mind, heart and soul. Associate an intellectual construct as scholarly and emotional pulse as strong, seems unique in the history of music.
I remember a memorable concert of the great pianist Andrei Vieru, which I attended there long ago. The program, the entire Art of Fugue, without pause. A program without concessions, nor for the interpreter, nor for the listener. I came out almost staggering, not knowing where I was, feeling of having experienced something unique . Despite the years, I keep in me a very vivid memory of that feeling of exhaustion and drunkenness, not physical but spiritual. Difficult to return to everyday reality when you come to hear such a work.
The final fugue is, at least for me, one of the most fascinating mysteries in the history of music. Having set out and developed the theme BACH (Sib/La/Do/Si bécarre in German musical system) the fugue suddenly stops. "In this fugue, where the name BACH as countersubject is used, the author is dead," wrote his son Carl Philipp Emanuel. Yet it seems clear that the Art of Fugue is not the last work composed by Bach (he has even started writing 10 years before his death), thus raising the mystery of its incompleteness.
In this unfinished fugue, there are 238 steps and 1 incomplete. If one add: 2 + 3 + 8 + 1 (numbers that correspond to his name 2B, 3C, 8H and finally 1A.), we get 14 which is one of Bach's encrypted signatures .
This signature is, it seems (I have not checked), repeated 14 times. We can continue this game, adding to the letters of his name the initials of his first name J + S + B + A + C + H and we get 41, 14 reverse, or by adding all the letters of his name (John Sebastian = 144) and his name, and then we get 158 (or 1+ 8 + 5 = 14!). Bach could not fail to be struck by these amazing matches, this over-presence,of the number 14. But how far did he use?
The esoteric aspect of Bach's music, based on the large number and symbolic meanings, is a proven fact, which you can find many examples in his works. It is also certain that Bach was part of a Society for the Science of Music (studying the relationship between music and mathematics) in 1747. He would have also waited nine years to be ... the 14th member!.
As deduced from this? Bach would he voluntarily left his work unfinished, as a challenge left for future generations, a sort of musical puzzle?
In fact, it is likely that the final fugue was completed at the death of Bach and that of the corresponding handwritten pages, were, in a much more trivial way, lost. But after all, how do you know with such a man!
Should we regret that this work does not reach over, as this incompleteness invests the work of a great symbolic richness? The work moves in a timeless dimension, it suggests a development virtually infinite, while, in the manner of vanities, a reminder of the fragility of all things. Victory of Art on Time? Victory of Time on human? Disturbing and fascinating ambivalence ...
Another Victory, "Victory of Samothrace". Mutilated by the ravages of time, deprived of his head and arms, she appears more beautiful without doubt, the body thrown forward, highlighted by the pure movement that sticks the draped on the body, or streams in tumultuous folds ...

The Art of Fugue is a music that makes us hear the silence, and reminds us that all music is made of silence as much as sound.
Every time I hear resound the silence that follows the last notes written by Bach, I remain petrified for a moment. This silence is for me as powerful as the beginning of the fifth symphony of Beethoven "Fate knocking at the door.." Whatever the chosen instrument, most performers stop abruptly, without slowing down. Even Glenn Gould is no exception to this rule in the striking interpretation he gives : the tension is palpable from start to finish, culminating in the sudden suffocating interruption, highlighted in the video version by the theatricality of gesture. It's like a decree of fate.
The vision given by Andrei Vieru is very different but equally captivating. Here, not abrupt, the latest measures are diluted in liquid tones and subtle pianissimi that gradually joined the silence: the result is a feeling of stretching time, the impression that the music does not stop but actually extends into a beyond silence, beyond what our senses can perceive (at least that's what I feel listening). An image of the infinite. Fascinating.
A beautiful text by Yves Cantagrel that sheds new light on the musician:
"To my mind, the most fascinating and moving thing about Bach is the fate of that small, greatly gifted little boy who at the age of nine witnessed the death of his mother, then his father, in his home. The young orphan was taken in by an older brother and later sent to a school in Lüneburg in northern Germany--a journey he made all alone.
Traces of this sudden encounter with death appear in all his music. Whenever Bach evokes "Our Father, who art in heaven," the thought of his own father is there in the intricate and almost painfully complex chromatic harmony that emerges from Martin Luther's stately hymn. This can't be a coincidence. Bach's profound element of sadness marked his work to the end of his days, but it was also a powerful factor behind his determination to forge his own future. We have only to listen carefully to his work--both the music and the words--to see that here is a man who experienced profound existential anguish. We find that this great believer questioned his faith every day, perhaps as all great believers do. He meditated and even questioned the observance of church dogma. The one-time orphan was to base the tenets of his life and music on this anguish--and here I'm not even referring to the later deaths in his life: ten of his twenty children, and then his first wife.
Bach's music was to be based on this deep sense of loss. I would go so far as to say that the strong, steady throb of his music is the basis of his whole sonic edifice, forming a kind of counterpoint to the seamless network of his music. It is a construct of the musical mind, as though he wanted to rebuild the world that was crumbling before his eyes. "A mighty fortress is our God," wrote Martin Luther in his reformation hymn, and in this way Bach rebuilt this crumbling fortress for his own use. In so doing, he set in motion a dynamic of hope that, because of his great genius, works for us three hundred years later."
The drama, in his life as in his music. Bach, a deep anxious, haunted by the doubt ... Why not?It would be surprising that a genius of such high intelligence has never been touched by doubt ...
. Bach-Bacchus. Drunkenness with movement, drunkenness with dance, sensuality ... What could be more invigorating that certain movements of the Brandenburg concertos, some arias cantata. That's the spirit dancing. Bach's music sometimes makes me think of the Flemish still lifes whose symbolic richness and composition do not exclude the senses (pulpy fruit, that one imagines bursting with juice, promise of exquisite taste, fine droplets of dew, elusive transparency of a glass embedding in its corolla a precious red or amber liqueur ...). A music that turns on itself, like the spiral formed by the peel of a lemon than a practiced hand cut out into a thin yellow and white ribbon.The spiral, a symbol of perpetual motion, of infinite expansion. As proclaim the mirror fugues, the crab canons , the Goldberg Variations, the end is the beginning. The hypothesis of the unfinished volontary seems to contradict this desire, this search for absolute perfection wearing this music and that the Art of the Fugue is meant the crowning achievement. But it is true that the personality of Bach himself was very contradictory, ambivalent ...
"If only God made our world as perfect as Bach made his divine!"
J. C. Bach says:
"I improvised on the harpsichord in a perfectly
Mechanical and stopped on a fourth-and-sixth. My
father was in bed and I thought he was asleep, but he jumped
of bed, gave me a slap and I resolved my fourth-and sixth-"
In the Bach family, jokes, music, but not with the music!
A musician inhabited by such a desire for perfection, capable of being irritated that his son does not complete a piece of music, could he leave voluntarily unfinished one of his masterpieces?
Since we are in the stories, here's another one that I find particularly moving.
Adopted by his older brother Johann Christoph after the death of his parents, the young Johann Sebastian at the age of ten years is interested in a partition that his brother refuses to give him. Every night he rises from his bed, steals the partition and copy for months in the light of the moon for not to be discovered. Insatiable curiosity, thirst for knowledge, all know to transcend all, a consuming passion, disobedient, independent, stubborn, that's all Bach!
I love this kid stubborn and indomitable, damaging his eyes to copy all the music he liked,(which he did in fact his whole life as shown by the transcription adaptation of the Stabat Mater by Pergolese around 1747), still ignorant of the exceptional destiny that awaited him, I love this passionate young man traveling on foot over 450 km of uncertain roads to hear Buxtehude , the revered master.
There is a kind of madness in Bach, a well-tempered madness ....
Bach's music is inherently unpredictable (contrary to that of Vivaldi
and Scarlatti, for example), so any attempt to finish the last fugue is
doomed to failure (some organists like Walcha as offered their complete
version of this fugue, but the result seems disappointing). What end
Bach had planned? Maybe he had the project to finish on a high by a
Monumental quadruple fugue, or ... the mystery is perhaps forever
insoluble.
In life as in his work, Bach says always his freedom. and encourage
thereby not locking us into interpretative constraints, as did
unfortunately some supporters of an uncompromising interpretation on
period instruments. We should not play Bach like this or like that but
above all with heart and passion. That's how I see the Art of Fugue: a
work of passion. Certainly not a chore teaching. Bach is not dogmatic.
There is no dogmatism in his music, but rhetoric.
I dream of Edwin Fisher interpreting the art of fugue. Few performers have been to me as faithful to the spirit of Bach's music.
The image of a serene Bach, driven by an unwavering belief,
imperturbable before the blows of fate seems to me an"image d'Epinal",
unrelated to reality. Bach was in constant conflict with his superiors.
Some examples: on his return from Lubeck, where he had spent four months
instead of four weeks he had been given to go and hear Buxtehude, his
playing the organ has been criticized because of his improvisations too
long and its modulations weird. Never mind! He began to play flatly, on
purpose. It was also alleged to have brought his young wife Maria
Barbara (who had a beautiful voice) to the church to play music with
her, which was totally contrary to the customs of the era. Bach feminist
before the time ... In Weimar, he does not hesitate to openly flout the
authority of the Duke, and was under arrest for 4 weeks. Bach put in
prison, who would have thought? But Bach has never been a servant in the
service of the powerful .. But he choiced his own way, Bach! The
Musical Offering, I have spoken elsewhere ,is a response to King of
Prussia, who had dared to challenge Bach requiring him to improvise on
the spot, a 6-voice fugue on a theme. Soon after, Bach is quick to send
this titanic work that the king with his limited musical skills could
neither understand nor play, accompanied by a letter which is a little
gem of irony flattering (what sense of the rhetoric! ). "Seek and ye
shall find." he wrote in Latin (quarendo invenietis) in the partition.
Bach has lost none of the insolence of his youth.
This is the man.
According to the contemporary Bach was a dazzling virtuoso whose
improvisations on the organ aroused astonishment and admiration. (“His
feet flew over the pedal board as if winged, and powerful notes roared
like thunder through the church...” refers a contemporary who attended
one of his concerts. Another, hearing him play, always on the organ,
would have exclaimed:" It is the devil or Bach in person ! ") . Carl
Phillip Emmanuel Bach said his father played the violin into old age
with a penetrating sound (as I would like some baroque performers have a
more penetrating ...)
So the Art of Fugue: a work cold, austere, largely speculative? But it's
the opposite! A Music gorged with sap, a powerful and intense
expressiveness.
For me, the last fugue has no fall color of a farewell, it is not
inhabited by the presentiment of death, it moves with a vitality, an
impressive determination, irresistible momentum. A stream of molten lava
that nothing seems to stop. Thus is played this masterpiece by the
Saarland Chamber Orchestra conducted by Karl Ristenpart with not a
musicological authenticity (some will find this version outdated), but
emotional. A clear version (the exchange between the strings and wood
...) and soulful (crossed by a great lyricisml), who fears neither
theatrical gesture or the vibrato. It is often claimed the Art of Fugue
is austere (fortunately, the time is spent where it was considered
unplayable,) . Yet all emotions flock : passion, drama, sadness,
meditation, and also, probably, humor. I feel there is humor in the Art
of the Fugue, even it is not obvious at first. Perhaps in the various
reminders of his name in several places (not just in the last fugue), a
sort of wink to the connoisseur (I see some malice, as in Hitchcock's
films -forgive me the comparison- when the "master of suspense" appears
furtively, knowing that only his fans will recognize him at the corner
of a scene ...). Or its mirror fugues, counterpoint XII and XIII, that
hide under a light dance a stunning complexity of writing ...
I could not find on youtube the version by Ristenpart, which remains
my favorite and made me discover the work, nor the atypical
interpretation by Vieru. I therefore propose an orchestral version that I
find very moving and exciting in its instrumental combinations , that
of Jordi Savall. Beautiful sound and expressiveness ...
I hope I never hurt anyone in some of my post, if so it was
unintentional on my part. Peace to men and women of good will on earth.
Please listen and dream...
Soli Bach Gloria.